
QuestionRelu par Hugo Berton
Travail via une plateforme : présomption de salariat au 2 décembre 2026
Travail via une plateforme : présomption de salariat, limites de la gestion algorithmique, motivation écrite des suspensions de compte, au 2 décembre 2026.
Par Hugo Berton · · 3 min de lecture · relu le 15 septembre 2026
En bref
La directive (UE) 2024/2831 sur le travail via une plateforme doit être transposée au plus tard le 2 décembre 2026. Elle présume une relation de travail entre la plateforme et la personne dès que des faits montrent une direction et un contrôle, et c'est à la plateforme de prouver le contraire. Pour tous, salariés ou indépendants, elle encadre la gestion algorithmique : données interdites, information sur les systèmes, motivation écrite de toute suspension de compte. Texte lu sur EUR-Lex le 15 septembre 2026.
- 2 décembre 2026date limite de transposition de la directive (UE) 2024/2831 sur le travail via une plateforme
- 2 semainesdélai maximal de réponse écrite et motivée de la plateforme à une demande de réexamen d'une décision automatisée
Travail via une plateforme : qui est concerné
La directive (UE) 2024/2831 du 23 octobre 2024, lue sur EUR-Lex le 15 septembre 2026, vise les plateformes de travail numériques qui réunissent quatre critères : un service fourni au moins en partie à distance, par un site ou une application ; à la demande d'un destinataire ; qui organise, comme élément nécessaire et essentiel, le travail d'individus rémunérés, en ligne ou sur place ; et qui utilise des systèmes de surveillance ou de prise de décision automatisés.
La personne concernée est définie « indépendamment de la nature ou de la désignation de la relation contractuelle ». Le texte a deux étages : des droits minimaux pour ceux qui ont, ou sont réputés avoir, une relation de travail, et des règles de gestion algorithmique qui valent aussi pour les personnes « qui n'ont pas de contrat ou de relation de travail ».
La présomption de relation de travail
L'article 5 pose que la relation est « légalement présumée être une relation de travail lorsqu'il est constaté des faits témoignant d'une direction et d'un contrôle ». La présomption est réfragable, mais la charge de la preuve pèse sur la plateforme qui veut la renverser. La personne ou ses représentants peuvent engager la procédure pour faire déterminer son statut.
La vérification s'appuie d'abord sur les faits d'exécution du travail, y compris l'usage de systèmes automatisés, quelle que soit l'étiquette du contrat. La présomption ne joue pas dans les procédures fiscales, pénales ou de sécurité sociale, sauf choix national. Pour les relations en cours au 2 décembre 2026, elle ne vaut qu'à partir de cette date.
Gestion algorithmique : ce que la plateforme ne peut pas traiter
L'article 7 interdit certains traitements « en aucun cas », dès la procédure de recrutement ou de sélection, et pour toute personne qui travaille via la plateforme.
| Traitement interdit | Précision de l'article 7 |
|---|---|
| état émotionnel ou psychologique | données concernant cet état |
| conversations privées | y compris les échanges avec d'autres personnes travaillant via la plateforme ou leurs représentants |
| hors du temps de travail | collecte quand la personne ne propose ni n'exécute de travail via la plateforme |
| droits fondamentaux | prévoir l'exercice de la liberté d'association, de la négociation ou de l'action collective |
| données sensibles déduites | origine, statut migratoire, opinions, convictions, handicap, santé, affiliation syndicale, vie sexuelle |
| biométrie | établir l'identité en comparant des données biométriques à une base de données |
Information, contrôle humain et réexamen
L'article 9 impose d'informer, par écrit, sur les systèmes utilisés, les catégories de données et les principaux paramètres des décisions, et sur la motivation des décisions de limiter, suspendre ou résilier un compte ou de refuser une rémunération. Une information concise est due au plus tard le premier jour de travail, avant tout changement et à tout moment sur demande.
L'article 10 exige une évaluation de l'incidence des décisions automatisées au moins tous les deux ans. L'article 11 ouvre le droit à une explication et à un interlocuteur désigné, et impose une motivation écrite de toute décision automatisée qui limite, suspend ou résilie le compte. Sur demande de réexamen, la plateforme répond par écrit dans un délai de deux semaines ; si la décision viole les droits de la personne, elle la rectifie dans le même délai ou offre une réparation adéquate.
Ce que cela signifie pour un créateur ou un freelance
La directive ne cite aucune plateforme. Un site qui met en relation des monteurs ou des graphistes avec des clients n'entre dans son champ que s'il organise le travail et utilise des systèmes automatisés de surveillance ou de décision. Le statut du graphiste indépendant est sur notre page dédiée, les recours contre une suspension de compte au titre du DSA sur notre page sur les comptes suspendus, et les déclarations fiscales des plateformes sur notre page DAC7.
Ce que cette page ne dit pas
Elle ne décrit pas le texte français de transposition, que nous n'avons pas lu, ni les obligations de déclaration du travail aux autorités prévues par l'article 16, ni les sanctions fixées par chaque État. Elle ne dit pas si une plateforme donnée remplit les quatre critères. Texte lu le 15 septembre 2026.
Questions fréquentes
Un freelance inscrit sur une plateforme peut-il être présumé salarié ?
La directive présume une relation de travail lorsque des faits témoignent d'une direction et d'un contrôle, quelle que soit l'étiquette du contrat ; c'est alors à la plateforme de prouver le contraire.
La présomption s'applique-t-elle en matière fiscale ou de sécurité sociale ?
Non, sauf si le droit national le prévoit : l'article 5 l'écarte des procédures fiscales, pénales et de sécurité sociale.
Une plateforme peut-elle suspendre mon compte sans explication ?
Non : l'article 11 impose une motivation écrite de toute décision automatisée qui limite, suspend ou résilie le compte, et une réponse dans les deux semaines à une demande de réexamen.
Les règles sur les algorithmes valent-elles pour les indépendants ?
Oui : l'article premier les applique aux personnes travaillant via une plateforme, y compris celles qui n'ont pas de contrat ou de relation de travail.
Quand la directive doit-elle être appliquée ?
Les États doivent la transposer au plus tard le 2 décembre 2026 ; pour les relations en cours, la présomption ne vaut qu'à partir de cette date.
Sources consultées
- EUR-Lex — Directive (UE) 2024/2831 du 23 octobre 2024 relative à l'amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme (lue le 15 septembre 2026)eur-lex.europa.eu · consulté le 14 septembre 2026